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11 novembre 2014

La reprise

 

 

150520132455.jpgIl y a presque deux mois, je retrouvai un travail. La belle occasion. Qu’on croirait tombée du ciel si l’on oubliait la somme des graines semées depuis des années. Dont on rêvait pour inscrire un nouveau métier sur le CV. Pour mettre en pratique ce que j’ai appris de mes précédents boulots, pour être dans l’action, pour être utile, les mains dans le cambouis.

Ma profession est dicible à présent, elle n’appelle plus mystère et méfiance. Je suis directrice d’une association. Je travaille avec des élèves. J’emploie des animateurs. Nous luttons contre le décrochage scolaire. C’était fait pour moi, c'est mon job, je l'attendais.

Le bureau est au cœur d’un quartier populaire de Paris : nouveau quartier à découvrir, nouveaux voisins, nouvelle terrasse de café. Tout est beau et neuf à mes mirettes ; l’association, elle, est vieillissante. Elle avait de jolies fondations et doucement, elle s’est enfoncée. On m’a recrutée pour éviter qu’elle ne cède sous le poids des mauvaises habitudes. Je me sens investie d’une mission de Superhéroïne et j’aime ça.

Alors je range, je trie, je dis « fini le bricolage », je dis « droit du travail » et « lien de subordination », je motive, je félicite, je remercie, j’exige, je ne donne pas le choix, je fais ma directrice. Je déménage, je rassure, j’écoute, je décide. Je lave, je lave, je lave encore. J’enlève des couches de poussière pas du tout métaphoriques et j’entends les animateurs redécouvrir, étonnés, les couleurs du sol et des murs.

Il y a des rancunes et du moral cassé, des phrases assassines dans la salle commune. Je dis "temps mort" et je fais le geste des basketteurs. Je suis la directrice d'une équipe qui souffre encore de la perte de sens de son travail. Et ça ne se soigne pas aisément.

Une animatrice me l’a formulé lucidement, alors qu’elle me remettait ses dossiers de l’année dernière : « Vous allez voir, c’est vide. Ou presque. Normalement, je suis plus exigeante que ça envers moi-même. Mais vous savez, quand personne ne s’intéresse plus à ce que vous faites, vous lâchez prise. Alors mes dossiers, ils ne reflètent pas mon travail mais ma lassitude. Je suis une bonne animatrice, le savoir me suffit. J’aurais aimé montrer mes actions, mes initiatives, proposer de nouvelles choses. J’aurais aimé qu’on me dise « Ne fais pas comme ça » : même une critique, je l’aurais souhaitée. Parce qu’une critique, c’est une réaction. Mais rien. Alors, mes dossiers sont incomplets. Ne me jugez pas dessus. Ce serait complètement faussé.»

Nous agissons contre le décrochage scolaire, mais depuis deux mois, je me concentre pour raccrocher les salariés à leur travail.

Je reprends. Je recouds. Je reprise.

J’ai le sentiment de faire plus de politique que jamais.

17 septembre 2014

Rentrée en matière littéraire

La rentrée littéraire de septembre est un grand moment de frustration. Je ne connais pas les livres-dont-on-parle, peu de noms d'auteurs, je ne lis pas assez (du tout) les critiques littéraires pour suivre l'avis d'un ou plusieurs prescripteurs ; je n'ai donc quasiment pas de point de repère pour faire des choix.

Outre le fait de ne pas être une Grande Lectrice - il se raconte qu'on obtient sa carte "GL Silver" à partir de trente livres lu par an-, j'ai longtemps dédié mon plaisir littéraire aux seuls auteurs-français-francophones-morts. On arguera que c'est maladivement restrictif. On aura raison.

Je vois ainsi apparaitre année après année des auteurs dits connus dont je n'ai aucune idée de pourquoi ils le sont devenus, ni depuis combien de temps ils jouissent de ce statut. Ils apparaissent dans mon champ de vision, puis disparaissent. Le livre de rentrée littéraire n’acquiert d'intérêt à mes yeux que par sa pérennité et on (encore lui) retrouvera ici l'aura de l'auteur-français-francophone-mort. C'est un fait ; je ne prêche pas ; appliquant ce même décalage à la musique, j'ai su au début des années 2000 que j'aimais la cold wave.

Petite sœur du critère de pérennité, je me méfie de la grande vaque de marketing éditorial. Comme devant une page de publicité trop longue, je mobilise mon cerveau pour qu'il ne s'amollisse pas et résiste aux stimuli menant à l'achat réflexe. Aussi triste que soit ce parallèle, j'applique mon refus du consumérisme devant une tête de gondole de librairie comme dans une allée de supermarché.

Je préfère me laisser guider par les conseils des amis, les cadeaux que l'on me fait, les prêts impératifs ("Lis ça !") et des livres que je trouve dans la rue (mon arrondissement est propice à ce type de rencontres.)

Si mes lectures et achats sont déconnectés des rythmes marchands, mentionnons-le, c'est aussi pour des raisons financières. Lire ce qui sort maintenant représente un budget conséquent. J'aimerais bien coller à l'actualité, avoir un avis en même temps que les critiques. Mais je ne peux pas me le permettre. Pas pour le moment. J'ai donc, ne travaillant pas (encore), le temps de lire, mais peu d'argent pour me risquer à la découverte.

Et parfois, une interview à la radio, une voix d'auteur-e qui parle bien de son travail, un thème de roman qui m'évoque une foule d'images et de possibilités, et me voici notant frénétiquement ses références, et à peine plus tard fonçant dans une librairie de quartier. Mais ça ne se passe pas forcément en septembre, ou après la remise d'un prix. Le coup de foudre peut se produire toute l'année. L'éditeur, la couverture, la quatrième de couv', je m'en fiche. Je vous ai écouté, à l'aise, mal à l'aise, bon ou mauvais "client" de radio, et vous m'avez donné envie de vous lire. Ce livre-là, qui n'existe encore que dans le souvenir d'une voix qui m'a remuée, je l'achète toujours.

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 Où l'on parle, sous un angle tout autre, de la rentrée littéraire

Bertrand Guillot, dont le livre numéro 4 sort le 18 septembre (Sous les couvertures, Éditions Rue Fromentin), publie sur son blog Second Flore une série de billets qui éclaire les novices (j'en suis) sur la rentrée littéraire : "un feuilleton en cinq actes au canevas immuable et au scénario bien huilé – un scénario où seuls les acteurs changent, et de temps en temps (mais alors, rarement) les producteurs. La Rentrée littéraire pour les Nuls, en quelque sorte. Le scénario dévoilé à l'avance, scène par scène, un zeste de coulisses, et quelques exemples réels pour rigoler un peu."

Je vous conseille vivement la lecture de cette mini-série.

Portrait d'une Rentrée littéraire (bande-annonce)

La Rentrée Littéraire pour les Nuls – Acte I (janvier-mai)

La Rentrée Littéraire pour les Nuls – Acte 2 (mai-juin)

La Rentrée Littéraire pour les Nuls – Acte 3 juillet-août)

Brève interruption des programmes

La Rentrée Littéraire pour les Nuls – Acte IV (septembre)

La Rentrée Littéraire pour les Nuls – Acte V (octobre-novembre)