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08 septembre 2014

Abîmes d’impatience - Le recrutement

J’ai profité de mon été de chômage pour participer au concours E-crire aufeminin, pour lequel j’avais déjà envoyé Vertiges de l’impatient. J’avais le projet d'écrire une seconde nouvelle, comme le règlement le permet, et encore trois jours avant la clôture des envois. Faisable. Ajoutons une invitation dans le sud de la France, pour écrire au soleil : c’était donc une prolongation de vacances, pas tout à fait méritées mais bienvenues.

Au deuxième jour de sud, à peine habituée au plaisir d’avoir chaud, Paris me téléphone et me propose un entretien pour un boulot alléchant. Chômeuse pas feignasse, comme l’écrasante majorité de mes compagnons de quête, je m’exalte, j’oublie que je cherche dans une branche différente de cette proposition, je dis oui ! et comment ! je candidate ! En une minute, je bascule toute entière dans l’attente du on-vous-rappelle-pour-fixer-un-rendez-vous.

Jour trois. Je fais une relance timide à l’employeur, on me demande encore un peu de temps. La nouvelle n’a pas avancé d’un pouce. J’aimerais bien me les tourner calmement en attendant le coup de fil mais je les tords d’impatience. Lire, n’y pense pas. Je connais mon angoisse dans ces cas-là, elle se marre : « Tu crois vraiment m’éviter avec un roman ? ». Me concentrer sur une autre histoire que la mienne, la nouvelle à écrire ou un autre texte à poursuivre ? Impossible : j’aurais immédiatement projeté mon attente sur le clavier et donner encore plus d’ampleur à mon nombril, alors que j’aimerais bien qu’il me lâche les basques.

Plutôt qu’observer le halo de rien qui nimbe mon téléphone, entreprendre toute activité de longue durée et les choisir phagocytaires, voilà mon plan.

Dans l’idéal j’aurais aimé être utile pour la maisonnée et m’abrutir d’une montagne de légumes à laver éplucher équeuter découper. Ce n’était pas au menu, je me rue donc sur un puzzle de cinq-cents pièces, faiseur de transe autiste et stérile.

La journée s’étire, ne finira donc jamais, je traine mon téléphone comme une bagnarde.

Une nuit, puis un réveil inespéré dans la peau d'une contre-attaquante. Je pars aux nouvelles. Hé ! Je suis là, je candidate, si je vous intéresse, il faut me faire signe… Pas de réponse. Il n’est que 11h et j’entrevois une autre journée de puzzle.

Voilà, les cinq-cents pièces sont placées. Je fais disparaître le jeu et le temps passé sur ce vide abrutissant. Je chasse ma prochaine activité quand je découvre au sol (ô bonheur) une belle tache de bougie, bien éparse. Laissez-la moi, elle est pour moi, je vais la faire disparaître, jamais vous n’aurez vu terrasse plus vierge. La chaleur joue contre moi et me facilite le travail. Même en prenant toutes les précautions pour ne pas abîmer la pierre et n'oublier aucune éclaboussure, je vaincs la paraffine beaucoup trop rapidement.

Continuer de trainer mes guêtres par 30 degrés. Le plus évident me semble d’essouffler l’espoir d’être sélectionnée, puisque que vivre et attendre simultanément est hors de portée.

L’abandon porte ses fruits au cours de l’après-midi. La sérotonine se remet au travail - elle, et me calme un peu. Je m’habitue aux limbes.

Une autre nuit, un réveil d’ex-candidate résignée. Et l’employeur téléphone de bonne heure, il veut me voir, et j’ai rendez-vous pour un entretien l’après-midi même. Je dois sauter dans le premier train, j’ai deux heures pour quitter le soleil.

C’était il y a une semaine. J’ai passé depuis deux entretiens pour ce poste. La réponse doit arriver aujourd’hui, tout à l’heure, dans l’après-midi. J’ai téléphoné à l’employeur, il était en réunion, il me rappellera… Je suis rivée au téléphone, mais je n’ai pas de puzzle sous la main, seulement mon ordinateur.

La seconde nouvelle n’a pas été terminée et ne participera pas au concours. Si le chômage se prolonge, je voudrais qu’écrire devienne enfin rassurant.

 

Ajout du 9 sept : la réponse, obtenue de haute lutte, est négative.

15 mai 2014

Rencontre non professionnelle

Apéritif avec T. Nous enchaînons les verres avec entrain.

Nous avons travaillé ensemble. Nous étions partenaires. Nous nous rencontrions presque en cachette, pour parler librement des idées que nous devions faire avancer ensemble. Ses arguments me hérissaient souvent, mes oppositions l'étonnaient. Nos désaccords étaient des champs intellectuels à défricher toutes les deux. Aucune colère, pas d'énervement. Des débats vertigineux et pas une once de rancœur. Un désir pur de se comprendre. "Encore !" disions-nous en nous quittant, après des rendez-vous de plusieurs heures.

Elle n’a pas changé d’activité. Je ne suis plus sa partenaire. Et nos rencontres doivent absolument continuer. Je la trouve incroyable – peur de rien, déterminée, sans attache et pourtant des ancres partout. Elle me force à revisiter mes a priori.

Nos discussions continuent comme auparavant, à la nuance près que je suis encore plus libre de mes paroles.

a_ouro10.jpgNous évoquons la suite de ma vie professionnelle, mes envies naissantes. Mon besoin de déconstruire avant de rebâtir. Elle me voit indispensable à plein de monde. Il lui semble évident que les portes que je vais pousser s'ouvriront. Je suis perplexe.

Un silence, et elle lance : "Que tu es belle ! Merde, quand j’aurai ton âge, j’aimerais être comme toi." J'ai ri et baissé les yeux. Merci, merci T.

Elle me trouve..belle et... Et quoi ? Intelligente ? A l'écoute ? Prête à me donner un coup de pouce pour un nouvel emploi mais je n’arrive pas à comprendre ce qu’elle – elle putain, elle ! – me trouve. En dehors de "belle" qui n'est pas une qualité professionnelle.

Petite sœur surdouée, un flair reconnu, qui hume ce que je pourrais être. Pour son boulot, elle repère et encourage les forces motrices des autres.

Mais pour toi, tu as l'impression qu'elle se met le doigt dans l’œil. (j'interviens, parce que je sens que tu n'arrives pas à l'écrire.)

Oui, jusqu'au coude... (Merci.)

 

"Il faut faire confiance à ceux qui vous aiment" va devenir mon mantra.

12:32 Publié dans Marais | Lien permanent | Commentaires (0)