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24 mai 2014

Incipit 2

J'en étais à "quand je la mets en veilleuse, les questions de finalité prennent le relais. Tiens, regarde, elles accourent."

J'écris pour quoi et pour qui ? Quand je m'accroche à l'ordinateur et que je n'arrive pas à m'en défaire, qu'est-ce qui me lie ? Exercice narcissique ou envie de communiquer ?

Ce n'est pourtant pas la première fois que j'écris, ni la première fois que je m'applique à tenir un blog. J'ai même régulièrement écrit des discours ou des textes publics. Mais jamais en mon nom. 

Ce n'était pas la même chose : ce n'était pas toi en première ligne. Tes textes étaient toujours relus, amendés et validés par l'orateur ou le signataire. Ce n'était pas toi qui écrivais ; tu proposais un service d'écriture.

Ils sont restés confidentiels. C'est con. J'aurais aimer pouvoir les revendiquer.

Reprendre ce blog, est-ce pour m'occuper pendant cette période de chômage,

pour faire comme les amis qui écrivent,

Ça, c'est moutonnier...

Eh, oh, doucement toi ! J'ai déjà en partie réglé le sujet : on a dit, ensemble, dans une note précédente, que je commençais par écrire mes questions au lieu de les laisser tourner dans mon crâne. Je me pose sérieusement la question du mimétisme, alors j'examine la question. Point.

D'autant plus que le mimétisme n'est pas une motivation accessoire. Ça veut dire que je m'encourage des exemples que j'ai autour de moi. Ceux qui ont passé le cap que j'explore. Pourquoi ne serait-ce pas une raison légitime ?

"Comme vous, je veux essayer". Ce n'est pas honteux à la fin !

Ce matin, en reprenant cette note, je me suis aperçue que j'avais perdu pour de bon le précédent texte que j'avais écrit sur mes questions de finalité. Je m'en souviens un peu, j'aurais pu essayer de la réécrire. Mais elle m'a semblé déjà datée, et labyrinthique. Aujourd'hui, je suis plutôt décidée à ne pas conclure.

Toutes ces questions m'agacent, je n'ai pas besoin de connaitre l'objectif pour prendre du plaisir à l'exercice.

Et tant pis si je n’ai pas répondu à toutes mes interrogations, tant pis si cela prend du temps. J’aurais au moins commencé. Et avec un peu de confiance, mes fils se démêleront d’eux-mêmes.

 

21 mai 2014

Incipit

Mon carcan actuel, ce sont les questions sur le fait d’écrire ; à présent, je fais de ces questions mon sujet et leur cadre ne sera plus ma tête mais la feuille.

Qu’elles prennent corps, mes peurs, elles seront moins vives.

Vocabulaire. Mon vocabulaire. Les mots qui viennent les premiers sont pauvres. Je les remplace par des homonymes. Si l’homonyme est laid, par des images. L’image est plate : je change l’idée. Ce n’est plus ce que je voulais dire : je raye.

Non, commençons par les liens logiques. Les conjonctions de coordination. Choix déjà étroit. J’utilise toujours les mêmes. Comme elles sont lourdes, je les supprime. Juxtaposition des propositions. Du coup, ça parait tout sec. Je gomme la logique et je juxtapose des idées sèches qui ne se collent pas entre elles. Maniérisme par gommage des manières. C’est maniéré, je biffe.

Non, bien sûr, on ne commence à écrire en se posant ce type de question ! Les vrais les purs les durs, ceux qui savent le faire, ils ne se posent pas ces questions.

Les figures. Métaphores. Comparaisons. Lourdaud : j’efface.

Un mot inutile, écrit pour faire beau ? Mort-né.

(Mais merde, qu’ai-je pu bien lire de si simple et si marquant pour que je veuille mettre le moins de forme possible?)

Non, enfin ! On ne se met pas à sa table, à sa feuille, à son clavier (énumérations, oui, aussi, je pratique beaucoup), on ne se met pas à écrire en se posant des questions de forme !

Oui, mais moi je ne sais pas ! Voilà. Je ne sais pas. Faites pas chier. Je réinvente la roue ? Hein ? Vous êtes déjà passé par là, ça vous amuse d’avoir franchi ces étapes ? Voire… Vous ne les connaissez pas, elles ne vous ont pas effleuré, aucun doute sur votre légitimité à écrire et être lu… (Allez-y, riez, souriez, m’en fout.)

Moi si, elles me harcèlent ces questions. Tout le temps. Depuis longtemps.

J’ai préféré jeter à la poubelle un cahier d’expression personnelle (on appelait ça "cahier libre", mais c'était obligatoire) et avoir zéro, plutôt que de faire lire mes textes à mon instituteur. Ce n’était pas bon ! C’était plein de fautes, et ça partait dans tous les sens. Ni queue ni tête, pas montrable, je ne pouvais pas assumer certains textes bizarres, il y avait des tâches, il était sale, j’avais dessiné des trucs moches. J’ai dit que j’avais perdu le cahier, et qu’il n’y avait rien dessus, de toute façon. Puis j’ai du me rattraper, recommencer un "cahier libre". En écrivant sur la première page du nouveau cahier, j’ai chialé de honte en me forçant à écrire une histoire puérile sur un dialogue nais entre des stylos et des accessoires débiles d’une trousse d’écolier pourrie. La honte. Quelle idée nulle. Pourtant, je savais que l’instit aimerait. Moi je me détestais de céder à sa commande de textes créatifs.

Je commencerai, moi adulte, par composer précisément sur la somme de questions qui tournent en boucle dans ma tête. Quel autre premier fil tirer ? Sur quelle dalle ferme et franche poser mon premier pas, sinon sur ce que j’aime, la forme de la langue et des mots, et sur toutes ces questions adjacentes ?

« Nature et fonction », briques élémentaires qui structurent mes phrases et censurent ma pensée.

L’instituteur en question, celui des « cahiers libres », était un bon pédagogue de la grammaire française. J’étais très forte en analyse de phrase. Mauvaise en orthographe, je connaissais pourtant la nature de chaque mot, je pouvais reconnaitre les différentes catégories de locutions. La fonction des mots me demandait un peu plus de réflexion, il y avait des pièges. L’instit en inventait rien que pour moi. Mais j’y arrivais. Je crânais un peu. J’arrivais encore à crâner, j’ai désappris. C’est bête.

La forme. Toujours la forme qui revient en boucle. Ok, je ferai donc avec toi. Pour commencer.

Et quand je la mets en veilleuse, les questions de finalité prennent le relais. Tiens, regarde, elles accourent.