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17 mai 2015

La femme et le gamin.

La discussion avait commencé vers 22h. Je l’entendais résonner dans la cour de l’immeuble, elle venait de l’une des fenêtres ouvertes. Cette promiscuité du voisinage sentait l’été.

C’était une dispute naissante entre un homme et une femme. Calmes, décidés à le rester. Leur intimité parvenait jusqu’à moi, trop. J’ai fermé ma fenêtre, j’ai pensé fort à eux, et j’ai oublié.

Au très petit matin, je me suis réveillée. Nuit pesante. L’Association n’est jamais loin de mes nuits, l’Association me réveille tôt, la lourdeur de l’air aussi. Elles se liguent contre mes grasses matinées. Et j’ouvre la fenêtre sur la nuit. Ils étaient encore là, l’homme la femme. Leurs voix dans la cour.

- Tu me dis que je peux partir avec mes potes, mais tu fais la gueule.

- C’est les mots que tu emploies. « Je me casse ». « Je me casse en vacances avec mes potes ». Tu te rends compte de la violence de ce que tu me dis, de comment tu me le présentes ? Oui, cent fois oui, je t’ai toujours dit que partir en vacances sans moi c’est normal, je comprends, je le défends pour moi aussi. Mais tu te… « casses » ? Tu veux vraiment tu considères vraiment c’est quoi ton idée en disant ça comme ça ? Se casser c’est fuir. Tu me fuis ? Voilà ce que je ne digère pas. Voilà ce qui me blesse. Pourquoi tu me l’as balancé comme ça en pleine figure ? Y’a quoi derrière ? C’est ça que je te demande.

- Je ne comprends pas ce que tu me dis. Si on peut partir l’un sans l’autre, c’est qu’on a besoin d’air, alors, c’est quoi le problème ?

- Avoir envie d’une semaine avec ses amis, ou se casser, se tirer, fuir l’autre, c’est différent. Pour moi c’est différent. Et je pensais que tu pouvais sentir la nuance. Merde, on est des adultes ! On n’a plus quinze ans !

- Tu vois, le souci, c’est que, moi, j’ai toujours quinze ans.

Alors ils n’ont plus parlé. J’ai écouté leur silence s’allonger. Et le cœur de cette femme subitement fiché dans le mien a renoncé à l’aimer toujours. Son cœur dans le mien a dit Je n’y peux plus rien.

J’ai refermé la fenêtre, retrouvé mon cœur heureux et amoureux, et je te souhaite, voisine, d’abord de la force pour les temps très proches, puis de belles années d’amours différentes, entre adultes heureux d’avoir grandi.