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01 février 2015

Scène de lit et de lu.

Maylis de Kerangal m’attend, Réparer les vivants, les cinquante dernières pages. Jules a pris La Femme et l’ours, de Philippe Jaenada. Il l’a déjà lu, mais profite de mon achat récent pour le goûter à nouveau - j’ai enfin pensé à m’équiper en Jaenada. 

20150201_151056.jpgOn lit. La scène des amants qui lisent au lit. Ce mélange de cliché et de délice coconesque. Certains veulent un chat un chien un enfant un week-end à Rome ; je veux lire au pieu avec mon amoureux.

Coté gauche, Réparer les vivants, les pages 230, ça déconne pas franchement, c’est médical et technique, c’est tendu. Dans le couloir droit, Jules ouvre à peine le Jaenada qu’il éclate de rire. Je ne sais pas pourquoi, je n’imagine même pas pourquoi, je n’ai jamais lu du Jaenada. J’aime bien entendre Jules, parce que de mon coté ça cavale entre blocs opératoires. A présent, Jules pleure de rire. Je continue. Page 235. Ô Simon, Marianne, Thomas, Claire, je suis avec vous et à coté de moi la vie est belle, Jules se tord littéralement. Il souffre de rire, ça me fait du bien sans me sortir du récit.

Et puis, je ne sais pas, Jaenada fait-il une pause ? Change-t-il de sujet ? Les éclats de rire de Jules cessent doucement et il reprend son souffle. 241-244, je n’entends plus rien, ma respiration s’accélère, quelques larmes muettes coulent, j’expire par la bouche, je savoure d’être tant affectée par cette scène magnifique, je sais que la sensation passera alors je la protège et la prolonge autant que je le peux. Elle est belle, cette émotion de lecture, non, attendez encore, il m’en reste, oh, c’est moins intense mais c’est délicieux encore, ça y est, je crois, c’est terminé, je reprends mes esprits et poursuis. Le plus dur est passé, avec le plus beau.

Alors, doucement, j’entends mon Jules pouffer, retenir son hilarité revenue, se mordre les lèvres et finir par éclater de rire de nouveau. La vie a repris, juste quand il le fallait, sans empiéter sur les morts, sans rien gâcher.

Il y avait eu cette plaine chez Jaenada, puis ce petit recoin abrité où je me suis isolée quand de Kerangal l’avait prévu. Merveille, hasard des oscillations de lecture.

(J'ai raconté à Jules, qui m'a bien entendu expliqué qu'il avait tout organisé. Il est fort, Jules.)