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14 janvier 2015

Charlie, ma peine.

Terrassée de fatigue, de colère et de mots. Submergée d’émotions, d’arguments, d’analyses. La lie du monde a été remuée, on a transformé un marais boueux en mer déchainée, trouble et glauque de toutes les injustices qu’on a laissé sédimenter, de tous les combats auxquels nous avons peu à peu renoncé.

Aucune eau n’est plus limpide. La vase, je me démenais avec des milliers, des millions d’autres, pour la décanter et sublimer. Elle a explosé au visage de la France comme elle explose à la face du monde depuis des décennies. Elle nous éclabousse et nous salit, tous, sans distinction pour les (j’écris quoi, là ? « bonnes volontés ? »).

Je suis bouleversée par les assassinats de la semaine passée. Dévastée par la mort de Cabu. (et ce con de correcteur orthographique qui ne connait pas le mot « Cabu » ! Inculte ! Traitre !) Tout le monde commente et pleure les morts. Sauf les tièdes, les imbus, les oui mais, les « je suis mais ». Bande de salauds ! Je vous déteste et je vous entends, je vous hais et je sais notre propre responsabilité, mais je vous abhorre.

Je veux être mortifiée, je veux me complaire dans ma très grande peine. Je veux du silence et du chagrin pour quelques jours, semaines, je veux continuer de pleurer les morts et la peur de plus grands renoncements. De l’application dans le deuil. Que ça ne finisse pas vite. Parce que je ne sais pas ce que sera l’après.

Dimanche, après avoir marché dans Paris, j’aspirais au lendemain autant qu’il me faisait peur. Mais il n’y a pas eu de rupture. L’après est plus sournois qu’une horloge qui indique minuit. L’après s’instille précautionneusement heure après heure. Il balance entre mieux et pire à chaque prise de parole publique, dans chaque regard échangé dans l’espace public.

Ce matin, j’ai croisé O., dans la cour de l’Association. O. est une de nos anciennes élèves de français langue étrangère, elle est marocaine, elle a élevé seule ses enfants. Ce matin, elle me dit « Toi, ça ne va pas… ». « O., j’ai peur qu’on nous empêche de vivre ensemble. ». Son visage s’est éclairé, elle a compris, on s’est prises dans les bras.

« Ne t’inquiète pas. », elle a dit doucement, en souriant.

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