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22 juin 2006

Lettre à Jack Lang

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J'ai la tête dans le sac, je suis fatiguée, j'ai profité de la fête de la musique comme je ne l'avais pas fait depuis des années. C'était une très bonne soirée, j'ai pensé un peu à toi. Je me suis dit qu'entre le Musée des Arts premiers de Chirac et ta Fête de la musique, y'a pas photo, tu gagnes haut la main.

Mais avant tout, l'exercice intellectuel que j'ai fait hier, c'est du compromis. Je me disais que tu avais beau être le candidat à l'investiture socialiste le moins crédible, tu étais tout de même à l'origine d'une fête populaire impressionnante qui s'appelle la Fête de la musique et qui a conquis beaucoup de pays européens. Mazette... Comment concilier tes deux images ?

J'ai rencontré une jeune fille hier soir, au zinc d'un café. Elle avait 20 ans, elle perdait déjà sa vie à la gagner, et si son pouvoir d'achat était si faible, si la vie était aussi dure, c'était bien sûr à cause des 35 heures. Tu t'en doutes, Jack, j'ai pris ma rhétorique la plus sincère et la plus pédago, la plus socialiste possible, et j'ai défendu les 35 heures. Mais c'était difficile, parce que, vois-tu, j'en ai vraiment marre de faire le service après-vente.

Si mes ami(e)s et moi arrivons à argumenter, à expliquer le principe de cette réforme - ses limites et ses erreurs aussi - aux gens que nous rencontrons, on se dit que c'est à toi, à tes copains éléphants que devait revenir cette tâche pédagogique, et que malgré tous les moyens médiatiques que vous possédez, vous n'avez pas fait le boulot. Vous n'avez pas assumé votre réforme. Vous laissez aux gens qui croient en vous le soin de vous défendre, mais nous, on a des moyens minuscules...

Parfois, j'ai l'impression que les militants vous défendent contre votre gré. Et c'est fatiguant...
Nous faisons vos campagnes, nous agitons les drapeaux, nous collons les affiches, nous montons au créneau lorsque vous êtes attaqués, nous sommes vos apôtres en résumé, mais il est de plus en plus difficile de vous défendre. Parce que nous sommes devenus les soldats d'une idée dont vous n'êtes plus les meilleurs représentants. Vous n’êtes plus que les ombres des idées que vous défendiez, et que nous défendons toujours.

Tu comprends ce que je veux dire Jack ? Tes camarades et toi n’êtes plus défendables, parce que vous ne vous défendez plus, que vous suivez la vague. Et ne comptez-pas sur nous pour devenir aussi conciliants que vous avez pu l’être.

« Après vous, le déluge ». Vous n’avez pas voulu préparer l’après vous. Et les gens de gauche se retrouvent confrontés à un pugilat interne au PS. Vous êtes irresponsables, je vous en veux terriblement.

Tu sais que tu as beaucoup de chance quand même de voir ton nom lié à la Fête de la musique ? Tu t’en sors pas mal… si tu sors maintenant.

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