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22 avril 2006

Réformisme, Immobilisme, Conservatisme

t-Panurge1.jpgEncore un Sarko-show ce week-end, encore des petites phrases lancées à des adhérents UMP galvanisés, tous neufs, tous frais et prêts à soutenir leur leader unique. Et les journalistes sont là, pour écouter ses petites phrases.

Passons sur les attaques contre le Parti socialiste, elles sont ridicules. Critiquant nos débats d’orientation, Sarkozy semble oublier que les divergences d’orientation existaient dans son parti aussi, avant qu’il tue toute dissonance.

Si nous pouvons regretter que notre parti se soit présidentialisé au fil des dernières années, qu’il ait calqué son fonctionnement sur celui de la 5ème République, nous restons convaincus que ce n’est que par le dialogue et le débat interne que l’unité des socialistes peut être défendue. L’absence de débat crée les chapelles et les excommunications, c’est à dire la division durable et l’affaiblissement.

Et que disait-il ce week-end, Sarko, à ses militants moutons ?

Il leur criait qu’il n’était pas conservateur, parce qu’il voulait faire changer la France. Que lutter contre l’immobilisme n’est pas compatible avec le conservatisme. Qu’il voulait réformer, lui.

Quel culot de faire semblant de ne pas comprendre ce qu’est le conservatisme ! Quel glissement de sens pour le mot réforme…

Le conservatisme, c’est vouloir maintenir les normes et les valeurs dominantes, ne pas les remettre en cause, et organiser la société en fonction de cette hiérarchie. Les valeurs dominantes, ce sont aujourd’hui celles de l’économie libérale, celles qui mettent l’individualisme au centre de la société. Le maitre mot du conservatisme actuel, c’est « il faut s’adapter à l’économie mondiale ». Rien n’empêche donc Sarkozy d’être un « réformiste conservateur », s’il s’agit de renforcer par les réformes le pouvoir de ceux qui l’ont déjà.

Quant au réformisme, les socialistes se sont fait voler ce terme. Le réformisme, c’est avant tout une méthode, qui s’oppose à la révolution. C’est profondément un terme socialiste, puisqu’il est né d’un débat dans le parti socialiste allemand entre Rosa Luxembourg et Eduard Bernstein. Aujourd’hui, il est utilisé de façon caricaturale, même entre socialistes, et est censé différencier ceux qui seraient réalistes de ceux qui ne le seraient pas. Il semble qu’il fasse plutôt référence à une différence dans les priorités et l’envergure des réformes à entreprendre.

Je milite pour un socialisme dont les réformes se conçoivent avant tout en fonction de ses valeurs et que soient redéfinis, en fonction, les leviers d’action budgétaires et institutionnels. Et non le contraire.

Puisque les mots changent de sens au fil des décennies, et en espérant que Rosa et Karl* ne m’en voudront pas, je fais partie de ceux qui souhaitent que les réformes proposées par le Parti socialiste soient révolutionnaires.


* Liebknecht

05 avril 2006

« C’est ton frère noir qui balaie ! »

C’était samedi soir, dans le métro. C’était sur la ligne 4, qui traversait en souterrain le 18eme arrondissement, la Goutte d’Or. C’était entre Simplon et la Gare du Nord.

Je filais, en retard, à une fête. J’étais bien habillée, maquillée, j’étais assise à coté d’un vieux monsieur d’origine maghrébine, à coté d’un jeune d’origine africaine, à coté de trois femmes fatiguées par le boulot, à coté d’un autre noir avec son chien et son uniforme de vigile. J’observais ce bout de rame et dans ma tête défilait les textes que je peux lire dans toute la production des organisations de Gauche. J’avais l’impression de voir les classes sociales se matérialiser sous mes yeux, je voyais aussi que la lutte des classes, celle qui défile en ce moment contre le CPE et plus largement contre la casse du droit du travail, cette lutte des classes dans la rue, elle ne reflète pas la cassure que je voyais autour de moi. Moi, la seule blanche et plutôt aisée de ce bout de rame, de ces deux rangées de sièges et de strapontins.

Voilà pour le décor et mon état d’esprit.

Entre un clochard.

Noir, immense, style rasta avec une immense casquette de laine qui cachait ses dreadlocks. Il tente de s’asseoir à coté de moi. Il était trop gros pour se faufiler, je lui cède ma place et je m’assieds juste un peu plus loin. A peine assis, il demande à ses voisins :

- Eh, tu sais que les Marocains tuent les noirs et mangent leurs têtes avec du couscous ? »

Éclats de rire des voisins. Un jeune beur s’approche :

- Mais bien sûr que je le sais, je suis marocain !

Les voisins pouffent de rire. Le rasta clodo continue :

- Les Marocains, ils jettent les Sénégalais dans la mer avec les Maliens aussi !

Les femmes noires autour de lui n’en peuvent plus, elles se tapent les mains sur les cuisses en riant « Mais oui mon frère, mais oui, t’as raison ! »

- Moi, je faisais de la boxe quand j’étais jeune, je faisais de la boxe pour pouvoir frapper les blancs.

Je rigole moins, je repense aux phrases de droite qui dénoncent le « racisme anti-blanc », et je n’ai pas envie d’avoir des exemples pour aller dans leur sens. Mais les gens continuent à rire. Çà me rassure, ils le prennent vraiment pour un dingue…

- Je suis un soldat moi, un Buffalo Soldier !

Tout le monde s’esclaffe, le jeune beur commence à fredonner la chanson. Je regarde la scène ébahie, je m’amuse aussi, tout le monde a le sourire, c’est chouette ! Le clodo continue, et on en redemande tous :

- On n’est pas des terroristes nous, hein ? J’en connais, mais ils sont cachés. Vous savez que c’est que des Sénégalais qui remplissent la Mecque ? Et il n’y a pas de KFC en Jamaïque… Ca c’est dommage…

Et les gens continuent, l’encouragent « Ouais, t’as raison, c’est pas juste ! Des KFC en Jamaïque, c’est ce qu’il faut ! » Les arabes, les noirs, les jeunes et les vieux, et moi, la petite Française en habits du dimanche… On sourit, on rigole, on échange des regards, et notre comparse continue et continue…

- J’en ai bien vu des musulmans ici, ils donnent du poison aux noirs !

Son voisin, noir, se fend la poire et répond «Mais je suis noir et musulman moi, arrête tes conneries man !»

Et puis soudain, une voix parmi les femmes noires s’élève, sévère, en colère : le clodo vient de jeter son emballage de kebab par terre « Arrête ! Fais pas ça ! C’est ton frère noir qui balaie ! »

Silence, on s’arrête de rigoler. On rigole pas avec ça, « c’est ton frère noir qui balaie ». Les gens arrêtent de rire, on arrive à Gare du Nord, beaucoup descendent, le clochard aussi.

Ce petit rappel sur l’origine probable du balayeur, c’était du vrai, du dur, du pas drôle du tout.

C’est terminé, cette petite communion multiculturelle, cette parenthèse qui me rendait presque optimiste. Oui, c’est certainement un noir qui aura fait le ménage dans cette rame, cette nuit ou ce matin-là.